mission janvier 2010

Dr Philippe Valensi

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COMPTE-RENDU DE MISSION AU RWANDA JANVIER 2010

Je me suis rendu au Rwanda le 02 janvier 2010 pour quinze jours bien remplis.

Arrivée le samedi soir à Kigali avec comité d’accueil du staff du Père Vito à l’aéroport.

Dès le lendemain, départ pour RULINDO

à 1 heure et demi de la capitale pour visiter l’orphelinat sponsorisé par O.T.M. association avec laquelle je travaille étroitement au Rwanda, Laurence, mon épouse, est pour l’instant vice-présidente de cette association et était également en mission pour cette dernière.

A proximité de RULINDO, O.T.M. a entièrement financé la construction d’un centre de santé et l’équipement d’un centre pour handicapés mitoyen de ce dernier. Les travaux ont été vivement menés et viennent de s’achever sans trop de problèmes. Il a été tenu compte des remarques faites l’an passé : toilettes pour handicapés etc… Le centre de santé pourra éventuellement prochainement constituer un point de chute intéressant pour les dermatologues de DHF.

Dès le lundi matin, début des consultations dans la clinique du Père Vito.

Nous sommes logés dans l’orphelinat mitoyen. Le Père Vito a depuis quelques mois de graves problèmes de santé et il était absent à mon arrivée. Son absence se fait lourdement sentir dans l’organisation de son orphelinat et de sa clinique.

Les consultations sont faites habituellement par trois infirmières qui jouent le rôle de médecin généraliste. Il n’y a plus actuellement de médecin à plein temps, Michel, médecin belge à la retraite qui a longtemps travaillé en Afrique est là à nouveau seulement pour quelques temps. Il a passé trois mois ici cette année.

Je tente avec ce dernier de réorganiser tant bien que mal les soins. Sur le plan dermatologique, Dominique CHARLEUX venu il y a quelques mois, a fait un excellent travail d’organisation avec Michel présent à cette époque :

  • réorganisation de la pharmacie avec fiches de stock, Vincent Duliege a réaprovisionné la pharmacie en griseofuline
  • petit manuel pratique de Dermatologie pour les infirmières, les médecins et les dermatologues concernant les principales pathologies, chacun l’amendant au fur-et-à-mesure de son expérience
  • grand registre dermatologique des patients vus en dermatologie avec nom et diagnostic. Les infirmières sont gentilles mais peu rigoureuses, lentes et mal organisées. Une amélioration de leur formation sera nécessaire.
    Je fais informer les dispensaires voisins qu’il y a aura des consultations de dermatologie sur les trois prochaines semaines puisque Patrick GUADAGNIN doit arriver la semaine suivante pour quinze jours.

Lundi après-midi, départ après les consultations pour une école primaire et maternelle qui vient également d’être construite par O.T.M. dans la campagne à une heure de KIGALI, dans une région particulièrement pauvre. Parents et enfants sont présents bien que ce soit toujours les vacances scolaires au Rwanda. La rentrée a été décalée pour former en trois semaines les enseignants à l’Anglais devenu langue officielle ! Accueil comme toujours chaleureux. Après les cérémonies d’usage, je consulte quelques adultes et une bonne vingtaine d’enfants essentiellement atteints de teigne et de plaies. J’en profite pour donner un schéma type pour les teignes aux responsables de l’école.

Dans les zones pauvres comme ici, plus d’un enfant sur deux a une teigne. Les formes cliniques sont très variables ; elles sont souvent surinfectées, parfois source de cellulite de la face comme nous en voyons régulièrement en consultation.

Consultations les jours suivants dans la clinique du Père Vito.

Jeudi : départ pour le BYUMBA dans le nord du pays.

O.T.M. y sponsorise un centre nutritionnel ainsi qu’une cantine scolaire. Cette dernière fonctionne une fois par semaine pendant les vacances scolaires et le centre nutritionnel trois fois par semaine. L’assistante sociale Chartine avec laquelle nous travaillons depuis plusieurs années a organisé une grosse consultation pour les enfants et les adultes qui a lieu dans le centre social : de la dermatologie , beaucoup de problèmes sociaux dûs à la misère profonde, malnutrition, SIDA, quelques cas également de médecine générale.

Repas sympathique avec les enfants dans la cantine et visite du centre nutritionnel.

Dans la soirée, départ pour RUSCHAKI à une heure et demie de piste.

La sœur congolaise Jacqueline qui dirige le centre de santé est venue nous chercher. Accueil chaleureux de vieilles religieuses espagnoles, 84 et 73 ans, en plein forme, qui travaillent toujours dans le social et qui nous ont mitonné un délicieux repas arrosé de vin d’ananas, comme quoi l’humanitaire peut réserver quelques agréables surprises gastronomiques !

Le lendemain, consultations pléthoriques au centre médical qui est en fait un petit hôpital sans médecin, avec accouchements et quelques lits d’hospitalisation, un petit laboratoire pour les principaux examens. Il est propre, bien tenu et bien organisé. Je vois près de 50 patients grâce à l’aide efficace de deux infirmiers car c’était jour de marché et la nouvelle de la présence d’un médecin français dermatologue s’est vite répandue.

Le soir, retour à KIGALI.

Samedi : départ pour RUHENGERI grande ville du pays.

Nous rencontrons des enfants parrainés par OTM. Nous sommes là surtout pour évaluer un projet de construction d’une école maternelle (elles se développent beaucoup actuellement au Rwanda) sur la demande du gouvernement.

Ce projet, très beau sur le papier, qui devait se faire en coopération avec une association laïque rwandaise ne se fera pas, les interlocuteurs étant manifestement incapables de mener à bien un tel projet J’en profite pour rencontrer la maire par intérim. Le maire précédent vient d’être emprisonné pour corruption, l’adjoint aux affaires sociales est également présent.

J’avais en 2004 travaillé une semaine dans l’hôpital de cette ville, la coopération française y était alors très présente. J’en profite pour présenter DHF et la campagne contre l’ostéomyélite et à ma grande surprise ils ont entendu parler des maladies que les enfants attrapent par l’absence de chaussures. Ils invitent les médecins de DHF à venir travailler à l’hôpital, cela pourrait être un lieu de travail intéressant pour les dermatologues de DHF.

Dimanche : repos à GUYSENI près du superbe lac Kiwu.

J’en profite pour rencontrer les Docteurs BENDEDAL, chirurgien à MURENDA, hôpital situé pas très loin de là que j’avais déjà visité il y a deux ans. Il serait très intéressé par la venue de dermatologues dans son établissemen

Lundi : reprise des consultations à KIGALI.

J’en profite pour rencontrer en fin de journée le Docteur JEANNE dermatologue au CHK qui travaille dans un petit réduit, sans azote ni bistouri électrique. Elle est en fin de carrière, a un salaire de misère –moins de 300 euros par mois- qu’elle améliore par quelques consultations dans des centres privés. Elle a beaucoup moins de punch que ses collègues dermatologues du CHU de BUTARE, le Docteur NICODEME et du dermatologue de l’hôpital militaire de KIGALI, le Docteur CHRISOSTOME avec lesquels j’ai plusieurs fois travaillé et qui sont d’excellents dermatologues motivés. Je leur laisse pour tous les trois de nombreux petits instruments de chirurgie qu’une de nos consoeurs m’avait donnés et qui leur seront utiles.

Ce lundi, Patrick GUADAGNIN, dermatologue à Tours, est arrivé. C’est sont troisième séjour au Rwanda. Nous avons décidé de passer quelques jours à travailler ensemble à l’intérieur du pays pour qu’il puisse se rendre compte de la réalité des campagnes.

Mardi : départ pour NYARUREMA

pour visiter un centre d’accueil pour sidéens, enfants et adultes, ayant des problèmes sanitaires ou sociaux. Ce centre est également sponsorisé par O.T.M. Il y a dans ce centre des travailleurs sociaux qui se rendent également dans les villages. On y pratique un soutien et une éducation nutritionnelle grâce aux terres dont il dispose. Beaucoup de gentillesse, mais la formation du personnel laisse à désirer. Nous passons un long moment avec Patrick, spécialiste du VIH qui vous en parlera plus longuement.

Dans la journée, départ pour Ninayumana où O.T.M. a construit en 2006 un centre social, nutritionnel, associé à une petite ferme. Il y a également un centre d’accueil pour quelques enfants handicapés.

Le Père Jean-Marie qui dirige ce centre a été sensibilisé par nous à la nécessité du port de chaussures pour les enfants et a mis en place un atelier de fabrication de chaussures mais ces dernières sont trop chères et inadaptées au problème, les ouvriers sont en cours de formation.

Quelques déconvenues concernant la cantine scolaire qu’il a cessé et dont le besoin était pourtant important. Les problèmes nutritionnels sont immenses et le centre nutritionnel qui paraissait pas mal fonctionner l’année dernière laisse à désirer malgré la présence de la ferme attachée au centre. Tout cela demande manifestement une reprise en mains, par contre, le prêtre laisse une assistante sociale faire une consultation de planning familial en « fermant les yeux » sur les prescriptions de contraceptifs.

Le matin à l’aube, les trois mécréants que nous étions furent bénis au cours d’une messe qui nous permet de rencontrer la population.

Puis consultations pléthoriques, chacun dans un bureau du centre, avec un interprète, problèmes de dermatologie plus médecine générale.

Dans l’après-midi : départ pour KISARO

pour rendre visite à un prêtre mexicain rencontré par hasard quelques jours plus tôt. Il fait un travail superbe de scolarisation gratuite d’enfants pauvres ainsi qu’un soutien alimentaire dans des conditions difficiles. Après l’accueil, les danses et les chants traditionnels de circonstance, consultations des enfants de l’école et de la population du village, chacun dans un bureau. Pour les teignes là aussi très répandues, nous les diagnostiquons rapidement sur l’ensemble des enfants rassemblés et laissons un protocole pour leur traitement ainsi qu’un protocole de gestion des plaies et des brûlures fréquentes.

Le soir : retour à RUSCHAKI où j’étais la semaine précédente.

Jeudi et vendredi : consultations avec Patrick tantôt en commun, tantôt séparément en fonction du rythme d’arrivée des patients. Rencontre par hasard d’un humanitaire belge présent à RUSCHAKI, et qui s’occupe d’orthopédie. Il est très intéressé par la sensibilisation sur l’ostéomyélite et est très demandeur d’une participation des dermatologues de DHF à une formation des personnels de santé sur les brûlures et doit me recontacter. Ces brûlures laissent en effet très souvent, comme on le constate dans les consultations, des brides rétractiles difficiles à gérer ici. Cette association semble disposer de gros moyens logistiques, à suivre…

Vendredi soir, Patrick et moi étions heureux de rentrer à KIGALI.

Dernier dîner avec le Père Vito, qui était arrivé depuis quelques jours, longue discussion sur les difficultés et les aléas de l’humanitaire. L’on a parfois l’impression d’un puits sans fond et que rien ne bouge.

Cependant, depuis 2004, date de mon premier séjour, quelques évolutions :

  • la mutuelle de santé qui permet l’accès aux soins de base mais de nombreuses personnes pauvres ont du mal à la payer (1.30 euro/personne/an). Cela ne parait pas grand-chose mais le salaire d’un travailleur agricole varie entre 40 et 80 centimes d’euro/jour.
  • la malnutrition touche enfants et adultes malgré la relative fertilité des terres. Le Rwanda compte plus de 8 millions d’habitants sur un tout petit territoire. L’alimentation est quasi-végétarienne et basée essentiellement sur les féculents. Les enfants des campagnes ne mangent pratiquement jamais de fruits, réservés à la vente. Les parents sont très mal informés, les hommes considèrent les fruits comme un aliment de femme, pas plus d’œuf ou de viande, réservés aux riches.
    Très nombreux problèmes parasitaires liés à la qualité de l’eau.

Nombre impressionnant de prurigo souvent surinfectés chez les enfants et les adultes, parfois liés au VIH ou à la gale, le plus souvent à l’hygiène, à la malnutrition ou aux parasitoses. Nombre curieusement élevé de vitiligo, peut-être lié aux carences nutritionnelles ou à des problèmes thyroïdiens quasi- impossibles à vérifier dans les campagnes.

Par contre, des progrès pour les enfants sur le port des chaussures : la sensibilisation gouvernementale fait son chemin avec cependant de grandes variabilités géographiques. De même, l’usage du savon considéré jusqu’alors comme un produit de luxe, s’est considérablement répandu dans la population pauvre. La qualité du savon utilisé laisse encore beaucoup à désirer car la plupart des paysans pauvres utilisent des savons très détergents dits de lessive ou des savons antiseptiques croyant bien faire. Il existe même une habitude au Rwanda de remettre du savon sur la peau humide après s’être lavé et sans le rincer. On trouve un savon de qualité acceptable (GIV) à environ 30 centimes d’euro mais ici cela représente déjà beaucoup d’argent. Pas d’émollient accessible pour les plus modestes en dehors de la Vaseline, de l’Huile de Palme ou d’Arachide.

J’ai pris contact avec un imprimeur de KIGALI pour un modèle de cahier destiné aux écoliers pour les sensibiliser au port de chaussures, à l’hygiène et à la désinfection des plaies. Nous envisageons d’édition de 100 000 de ces cahiers payés par un fond spécial pour cette campagne.

Pour conclure

Pour l’avenir, la clinique du Père Vito peut continuer à être un lieu d’activités dans le cadre de mission mais une réorganisation s’impose pour optimiser la qualité et le niveau d’activité Tout cela va dépendre également de la santé du Père Vito. Deux sœurs italiennes viennent d’arriver pour réorganiser la clinique.

Par contre, deux nouveaux points de chute intéressants :

  • RUCHAKI où nous avons consulté. Ce centre est bien structuré pour le Rwanda. Il a une forte activité et est situé dans une zone agricole pauvre. La directrice est prête à accueillir nos équipes qui pourraient être logées au presbytère dans des conditions tout à fait acceptables.
  • le nouveau centre construit par O.T.M pourrait être également un lieu de travail intéressant.
  • enfin, la demande de formation est forte de la part des infirmiers et il pourrait être utile d’y participer.
    Rendez-vous à Clermont- Ferrand !

Nous attendons vos candidatures.