mission Janvier 2009

Dr Philippe Valensi

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COMPTE-RENDU DE MISSION AU RWANDA DE JANVIER 2009

Je me suis rendu au Rwanda en janvier 2009 pour un peu moins d’une quinzaine de jours, dans le but d’abord de travailler quelques jours dans l’hôpital de Pédiatrie créé par un prêtre italien (le Père Vito) vivant au Rwanda depuis trente ans, héros pendant le génocide (il sauva 400 personnes).

L’hôpital situé à Kigali est mitoyen de l’orphelinat qui compte 300 enfants et d’une grande école dont s’occupe également ce prêtre avec beaucoup de chaleur, de respect et d’affection pour les enfants, même si c’est un homme au caractère bien trempé. Son hôpital est encore en sous régime et fonctionne pour l’instant plus en hôpital de jour. L’équipe médicale est pour l’instant réduite : deux infirmiers, un laborantin qui réalise les examens de base grâce à un automate et des gouttes épaisses pour la recherche du paludisme qui sévit dans une partie des collines de la capitale, un jeune médecin belge qui travaille bénévolement depuis quelques mois. Une femme médecin cubaine est venue également travailler et est maintenant repartie. Plusieurs cabinets de consultation sont prêts ainsi qu’un cabinet dentaire. Ils n’attendent plus que des médecins qui sont difficiles à trouver au Rwanda.

Je suis arrivé avec 2 grosses valises de medicaments, laborieusement réunis en raison des nouvelles réglementations, afin de pourvoir la pharmacie en médicaments dermatologiques mais aussi en antibiotiques, antalgiques, antidiarrheiques, etc. J’en ai gardé une partie pour la suite de mon voyage.

J’ai effectué des consultations de dermatologie souvent avec Valérie, ma jeune consoeur belge. Les médicaments sont donnés ou prescrits selon le revenu des familles. Les consultations sont gratuites. La pathologie y est celle classique vue au Rwanda parmi les pauvres : infections bactériennes, mycoses, eczéma, gale, le tout sur fond de malnutrition.

Puis, je suis parti ensuite pour le Nord du pays

pour visiter un centre médico-social construit grâce aux fonds recueillis il y a plus de deux ans au cours d’une soirée caritative. Ce centre s’appelle IZERE, espoir en kiniarwandais et également Babette DJIAN, nom de celle, qui organise avec beaucoup d’énergie ces soirées caritatives dans le milieu de la mode qu’elle connaît bien. Ce centre est maintenant opérationnel depuis près d’un an :

  • centre d’accueil pour quelques handicapés qui y dorment.
  • cantine scolaire pour les plus démunis
  • centre nutritionnel qui joue un rôle fondamental dans cette population.
  • consultation d’une assistante sociale avec conseil de planning familial ce qui est remarquable pour un centre tenu par un prêtre.
  • ferme nutritionnelle pour favoriser l’autofinancement et bénéficier de certaines denrées alimentaires.
    Je séjourne deux jours dans ce centre et avec l’aide du prêtre nous organisons une consultation autant de dermatologie que de pédiatrie : beaucoup de malnutrition et de parasitose, de sida dans cette région particulièrement pauvre, d’énormes problèmes sociaux. Un concentré de la pauvreté du monde.

J’assiste à la rentrée scolaire d’une école voisine qui accueille plus de 2000 élèves. Depuis l’an dernier, seuls les élèves chaussés peuvent aller à l’école. Je ne peux blâmer cette réglementation pour avoir sensibilisé les autorités sanitaires depuis plus de cinq ans sur le port des chaussures des enfants, mais cette nécessité, qui s’est soldée par une obligation, n’a pas été expliquée et après l’école les enfants retirent leurs chaussures pour ne pas les user. Les enfants non chaussés sont renvoyés chez eux.

Avec l’autorisation de la directrice, j’explique aux enfants presents les risques pour la santé de marcher pieds nus, de se blesser, de contracter des ostéomyélites.je donne quelques informations sur la bonne gestion des petites plaies. Mes propos sont bien sûr traduits et un enfant atteint d’ostéomyélite présent permet aux autres enfants de mieux comprendre le problème. Environ 500 enfants ne sont pas ou sont très mal chaussés. Ayant recueilli des fonds pour le projet de prévention de l’ostéomyélite, il est décidé d’envoyer 750 euros pour chausser ces enfants et de créer 5 petites pharmacies scolaires pour les différents pôles de l’établissement pour les soins de base :

  • -PARACETAMOL
  • savon liquide pour nettoyer les plaies
  • désinfectant type Chlorhexidine
  • 1 tube de FUCIDINE
  • pansement
  • vaseline etc…
    Avec des explications nécessaires pour les enseignants en kiniarwandais. Une prochaine équipe de OTM doit les convoyer.

Puis retour à Kigali et rencontre avec un responsable de l’UNICEF.

La sous-directrice, médecin kényane, me reçoit et je lui explicite à nouveau les problèmes de l’ostéomyélite au Rwanda comme je l’avais fait l’an dernier avec le Dr Foumbi,le directeur de l’UNICEF actuellement en voyage.

Elle insiste sur l’intérêt d’un travail épidémiologique pour des étudiants rwandais, projet que je tente déjà de mettre en place depuis l’an dernier avec beaucoup de mal, avec le concours de trois étudiants de l’université de Butaré et le service de dermatologie. Le projet, bien qu’avalisé par les ministres de l’éducation et de la santé (ces derniers viennent juste de changer), semble actuellement au point mort. La secrétaire générale du ministère de la santé, pédiatre, initialement très favorable au projet, y met maintenant de nombreux obstacles administratifs. Peut-être le mauvais état des relations franco-rwandaises y est-il pour quelque chose ?

Je rencontre le candidat rwandais que m’avait recommandé le ministère de la santé pour coordonner ce projet. Bien qu’en contact par mail plusieurs semaines avant ma venue, il ne m’a facilité en rien ma tâche. Il me demande trois fois le salaire prévu initialement ! Bien sûr je ne donne pas suite et me suis fait encore un copain ! Les humanitaires sont au Rwanda de plus en plus perçus par beaucoup comme des vaches à lait. La corruption jusque-là peu présente semble se développer rapidement. Cela est bien décevant !

Quant au projet de 150 000 euros que les cosmétiques Mac étaient prêts à financer pour la réhabilitation d’un centre pour sidéens, le constat n’est guère plus encourageant. Je rencontre à Kigali les responsables de l’association rwandaise qui présente le projet initialement attractif sur le papier. Ce centre semble avoir une activité médicale des plus réduites. Il compte par contre un personnel pléthorique qui se chargera de consommer en un an de budget de fonctionnement une bonne partie des 150 000 euros. Quant au volet nutritionnel que j’avais exigé, il est des plus réduits : 2000 euros sur les 150 000. L’état nutritionnel des sidéens est très préoccupant comme j’ai pu le constater et comme me l’ont confirmé mes confrères rwandais. Les patients recoivent bien leur tri-thérapies mais tous les problèmes connexes dont la malnutrition, les problèmes sociaux, les autres problèmes de santé ne sont pas réglés. Je décide donc avec beaucoup de tristesse de ne pas inciter Mac à poursuivre ce projet où j’aurais aimé m’investir. Encore quelques copains supplémentaires !!

Le lendemain : départ pour Rulindo

où OTM parraine de nombreux enfants et finance un orphelinat dont l’état était très préoccupant l’an dernier. Nous avions lourdement réagit, certaines choses vont mieux :

  • la dignité des enfants est mieux respectée
  • les sanitaires sont propres
  • les robinets fonctionnent
  • draps dans les lits
  • carreaux réparés dans la salle à manger (nous sommes en montagne)
    Toujours à Rulindo, nous venons avec OTM de recueillir en novembre dernier des fonds pour la réhabilitation d’un des rares centres de rééducation des handicapés, d’apprentissage du langage des signes pour les sourds-muets. Le projet est piloté une fois de plus par un prêtre rwandais qui n’a pas la langue de bois et qui anime des conférences au Rwanda et à l’étranger sur le travail de mémoire.

Nous visitons le chantier des nouveaux locaux, nous constatons certaines erreurs : en effet les toilettes sont inadaptées pour une bonne autonomie des handicapés.

Retour à Kigali. Nous visitons un projet agricole situé à Nyamata destiné à aider à la poursuite des études ou à la formation des orphelins du père Vito devenus adultes. Ce projet a été rondement mené par le père Vito. Là aussi le financement a été obtenu grâce aux soirées caritatives dans le monde de la mode. Cela permet également d’aider les familles des paysans pauvres du voisinage, de leur apprendre de meilleures techniques de cultures et de fournir un certain nombre d’aliments de qualité à l’orphelinat. Donc un projet très constructif.

Départ ensuite pour l’hôpital de Gitagara

situé entre Kigali et Butaré, la capitale universitaire. Cet hôpital s’occupe de beaucoup d’enfants ayant des problèmes d’ostéomyélite ou ayant subi des amputations. Cet hôpital compte en son sein également un atelier de fabrication de prothèses important. L’hôpital est propre et bien tenu, les statistiques à jour. C’est un hôpital privé très largement financé par l’association hollandaise Hélène. On me présente une jeune fille de 18 ans, traînant dans les allées et souffrant d’un important éléphantiasis. Je l’examine : il s’agit d’un éléphantiasis congénital, elle est dans l’attente d’une amputation dans les prochains jours que rien ne justifie. J’explique au directeur (pas de médecin présent) que cela ne règle rien et je lui demande de l’adresser le lendemain au CHU de Butaré où je serai et où elle pourra être prise en charge.

Le lendemain : Butaré

capitale universitaire avec son CHU.

Consultation de dermatologie. Il y a maintenant 2 dermatologues dans le service plus 1 en formation. Le directeur de l’hôpital de Gitagara tient promesse, la jeune fille est prise en charge par mes confrères qui récusent également l’amputation. Elle va semble-t-il nettement mieux d’après les mails que m’envoie le directeur.

Pathologies riches. Entre autres : consultation d’un jeune patient hospitalisé couvert de lésions tumorales et ulcérés dans un état critique. Une biopsie est pratiquée que je ramène en France, traitée gracieusement par le laboratoire Cavelier-Moulonguet : elle confirme une forme précoce et gravissime de Mycosis fongoïde. Au Rwanda : pas de possibilité thérapeutique, pas de caryolisine. La seule possibilité est de l’envoyer en Tanzanie où il sera pris en charge gratuitement par un hôpital américain bien équipé et pourvu d’une radiothérapie. Le patient à priori refuse. Je réapprovisionne la pharmacie du service destinée aux plus démunis.

Rencontre avec les étudiants pour essayer de travailler sur le projet d’ostéomyélite et d’avoir des statistiques fiables. Mais, comme je vous l’ai dit cela n’avance guère.

Longue rencontre avec le nouveau directeur du CHU, infectiologue que je connais bien, et qui me demande de l’aider pour certains matériels (lits médicalisés) que l’on peut me donner en France mais se pose le problème du transport qui est coûteux. Les choses sont en stand by.

Faute d’une bonne information, je rate de 2 jours la soutenance de thèse de notre consoeur Elly Marie, formée initialement à St Louis grâce à l’aide du Dr Peti. Son patron de thèse, le Pr Bonnetblanc a fait specialement le voyage.

Bref ce voyage m’a montré, contrairement à ce que je pensais jusqu’alors, qu’il est bien difficile de travailler avec les autorités officielles à la bureaucratie de plus en plus tentaculaire et stérilisante. Les petits projets en coopération avec des partenaires locaux avancent plutôt bien à condition d’être vigilant. Ce voyage m’a montré encore, plus que les autres fois, que la dermatologie humanitaire débouche fatalement sur tous les problèmes de fond liés à la misère, aux problèmes sociaux, malnutrition gravissime, sida incomplètement géré.

Le Dr Patrick Guanadin qui avait travaillé au mois de novembre dernier avec le père Vito doit retourner en avril prochain repasser une quinzaine de jours dans son hôpital.

D’autres confrères m’ont également contacté dont une dermatologue-pédiâtre. Nous essayons d’organiser une prochaine mission au Rwanda.

Dr Philippe VALENSI