Mission Avril 2010

Dr N. Jouan

Accueil du site > Nos Missions > Burkina Faso > Mission Avril 2010

Le Burkina Faso est un pays de l’Ouest africain, enclavé entre le Mali à l’ouest, le Niger à l’est et la bande des pays côtiers du golfe de Guinée au sud. Pays de contrastes, entre la trépidante capitale Ouagadougou et le calme des villages, entre le nord sahélien et le sud verdoyant. Pays agricole, où le travail de la terre occupe près de 80% de la population active. 65 ethnies y cohabitent en douceur avec leur langue, leur histoire et leurs traditions bien vivantes. Pays accueillant s’il en est, où les sésames pour un merveilleux séjour sont la patience et le respect des coutumes…

Les sourires et les pagnes chatoyants cachent pourtant une réalité sanitaire difficile : mortalité maternelle évaluée en 2007 à 500 pour 100 000 habitants, mortalité infantile à pour 81 pour 1000, paludisme, gastro-entérites, infection VIH, épidémies de méningites… Dans ce paysage, les maladies de la peau ne constituent évidemment pas une priorité sanitaire et les agents de santé sont très peu formés à leur prise en charge. Elles constituent pourtant le 5è motif de consultation dans les dispensaires : ainsi, malgré la bonne volonté des professionnels de santé et leur intérêt pour la discipline, les erreurs diagnostiques et thérapeutiques sont nombreuses (étude épidémiologique en cours).

Sur la base de ces constats, forte des liens personnels tissés entre des dermatologues brestois et burkinabés et des liens institutionnels qui unissent Brest et Saponé, commune voisine de Ouagadougou, j’ai créé en 2008 l’association FASODERM avec Anne-Marie Fauvel, Anne Labouche, Yves Le Ru et Philippe Jouan côté français, et le professeur Adama Traoré côté burkinabè. Marie-Hélène Le Rest complète le bureau depuis quelques mois.

Cette association s’est donné comme but d’être l’instrument logistique au service de la Société burkinabè de dermatologie et de cosmétologie (Sobudec) pour la formation des agents de santé à la dermatologie courante. Directement inspirée de ce qui a commencé au Mali à l’initiative d’Antoine Mahé et Ousmane Faye, l’initiative Fasoderm-Sobudec a mis en place en amont une étude statistique de validation de type « avant-après » afin d’asseoir sa pertinence.

Les premières journées de formation ont eu lieu les 4 et 5 mai à Ouagadougou et ont concerné en tout 50 agents de santé. Je vous entends d’ici : une seule journée de formation par agent ? Et vous espérez être efficaces ? Rassurez-vous : il ne s’agit en aucun cas de transformer les infirmiers en dermatologues, mais de leur enseigner une démarche « basique » et imparable pour faire face à la majorité des dermatoses qu’ils rencontrent. La procédure proposée se rapproche de celle qu’a validé l’OMS pour les MST : des ordinogrammes basés sur l’identification de quelques symptômes simples, auxquels l’agent doit se référer devant tout patient se présentant pour un maladie cutanée.

Le champ des ordinogrammes balaye ainsi une énorme proportion des situations cliniques courantes : « pyodermites », teignes, mycoses des plis, « lésions annulaires », « taches blanches ». L’objet de ce dernier item étant, vous l’aurez compris, d’entretenir la vigilance des agents par rapport à la lèpre. Toute dermatose qui n’entre pas dans le champ de ces ordinogrammes, ou qui n’évolue pas favorablement malgré le respect de la démarche enseignée, doit si possible être référé à l’échelon sanitaire supérieur ou au dermatologue.

Sachez quand même qu’il n’y a que 11 dermatologues au Burkina pour environ 15 millions d’habitants et qu’ils sont exclusivement basés à Ouagadougou et à Bobo Dioulasso, les 2 plus grandes villes du pays.

Le défi est donc d’importance, et c’est déjà une grande joie d’avoir formé 50 infirmiers.

Les 2 journées se sont déroulées à la Direction Régionale de la Santé de Ouagadougou. Nous étions 3 formateurs dermatologues, Nina Korsaga du CHU Yalgado Ouedraogo, Georges Diatto qui exerce au Camp Lamizana à Ouaga, et moi-même, sous le regard bienveillant du Professeur Fatou Barro. La formation s’est déroulée en trois temps : une introduction à l’histologie et aux fonctions cutanées, une introduction aux lésions élémentaires et enfin l’enseignement des ordinogrammes avec cas cliniques photographiques à l’appui. L’enthousiasme des participants n’a fait aucun doute, et leur volonté de rationnaliser leurs pratiques et de référer les patients à bon escient, affichée dès le début de chacune des deux sessions.

En filigrane, un volet appelé « information-éducation-conseil » vise à donner des conseils d’hygiène aux patients, à les alerter des dangers de l’automédication et de la dépigmentation volontaire, pratique hélas en vogue au Burkina comme dans de nombreux pays d’Afrique.

Ce n’est qu’un début, et Fasoderm souhaite, outre bien sûr la poursuite des sessions, approfondir la pré-enquête dans les provinces du pays. Cette enquête a pour but de répondre tout simplement à cette question : quel est le niveau de performance diagnostique et thérapeutique des agents de santé en matière de dermatologie avant la formation ?

Nina, Anne-Marie et moi avons déjà enquêté dans quelques dispensaires de Ouagadougou, de Bobo Dioulasso et de Saponé. Mais pour avoir une valeur statistique le travail doit être poursuivi, et sera complété du même type de travail après la formation…

Vous pouvez nous soutenir soit en adhérant à l’Association, soit en faisant un don (la formation d’un infirmier coûte à peu près 40 euros…). Merci d’avance.

Dr Nicole JOUAN